Le
champion d’Europe du triple saut a repris l’entraînement il y a un peu
plus d’une semaine. Avec déjà un objectif en tête : décrocher le titre
continental indoor, en mars prochain à Prague. Bonne nouvelle : après
cinq semaines de coupure, les bonnes sensations sont déjà au rendez-vous
pour celui qui a porté, l’été dernier, son record personnel à 17,48 m.
Il faut dire que le Strasbourgeois, entraîné à l’Insep par Jean-Hervé
Stievenart, avait perdu l’habitude de démarrer une saison sans souci
physique. Confidences depuis Saint-Malo, où quelques athlètes de
l’équipe de France étaient réunis jusqu’à vendredi.
Benjamin, comment s’est passée la reprise de l’entraînement ? Benjamin
Compaoré : La différence avec les autres années, c’est que j’ai repris
un peu plus tard que d’habitude. J’ai terminé vraiment tard la saison,
puisque j’ai poussé jusqu’au Décastar (pour lequel il a dû déclaré
forfait à la dernière minute, en raison d’une petite alerte physique,
NDLR). J’avais besoin d’une longue coupure. Je me suis arrêté cinq
semaines et j’ai repris le chemin de l’entraînement le jeudi 28 octobre.
Ça n’a pas été trop dur de retrouver la piste ? Ça
n’a pas été un enfer ! J’étais pressé de reprendre. A l’Insep, je
voyais tous les gars de mon groupe qui avaient recommencé à s’entraîner.
Ça me donnait envie. Chaque saison, je suis motivé à l’idée de
reprendre pour prouver de nouvelles choses. Ce qui ne m’était pas arrivé
depuis longtemps, c’est que je sais que j’ai fini une saison avec de
bonnes performances et sans pépins physiques.
Quelles ont été les premières sensations ? Au
bout d’une semaine, je me sens fort et déjà bien, autant au niveau de
la tête que du corps. Ça signifie que je vais pouvoir reprendre le
spécifique triple saut plus rapidement. D’habitude, c’est beaucoup plus
long. Je fais de l’aérobie, je cours dans les bois. A mon âge, j’en ai
moins besoin. Là, on va tout de suite passer sur du court, en augmentant
l’intensité avec, par exemple, des séries de 200 ou même de 150 mètres.
En musculation, on commence à mettre de la charge. On n’est pas du tout
dans le « dynamique ». Pour résumer, on construit les bases.
Avez-vous déjà une idée de votre programme hivernal ? La
salle, ça va être vite fait ! Pour l’instant, il n’y a aucun meeting
national avec du triple saut, excepté peut-être à Nantes et à Metz, où
Dominique Abisse fait de gros efforts depuis cinq ans pour mettre en
avant notre discipline. Au niveau mondial, c’est pareil. C’est quelque
chose que je n’arrive pas à comprendre. Ça fait cinq ans que c’est comme
ça, malgré les résultats de Teddy (Tamgho) puis les miens. Je ferai
peut-être un peu de longueur. Mais mon objectif, c’est d’être champion
d’Europe à Prague.
L’indoor, ça vous plaît ? Oui,
mais j’ai souvent été embêté par des blessures. Je n’ai jamais été en
grande forme pendant la saison hivernale et j’en ai même loupées
beaucoup. Je préfère le revêtement que l’on retrouve lorsqu’on saute en
extérieur. Mais le gros « plus » de la salle, c’est qu’il n’y a pas de
vent. Si tu maîtrises ta course d’élan, c’est bon.
Après un titre de champion d’Europe, comment retrouve-t-on la motivation ? Cet
été, j’ai réalisé ce que j’espérais au niveau médaille, pas en termes
de performances. Je n’ai sauté qu’à 17,48 m. Je suis toujours un
perfectionniste. Je ne peux pas me satisfaire de ça. Je pourrai me poser
cette question seulement si j’avais sauté à 18,30 m ! Tout est réuni
pour que je puisse continuer à progresser en 2015, puisque je démarre ma
préparation en bonne santé. J’ai repris sans ressentir de la
frustration. Par le passé, j’ai parfois voulu en faire trop en
reprenant, pour rattraper le temps perdu. Mais en fait, quand on est
libéré, ça va tout seul.
Qu’avez-vous
retiré du rassemblement des meilleurs athlètes de l’équipe de France à
Saint-Malo, qui s’est achevé vendredi dernier ? C’était
une très bonne chose. On apprend à mieux se connaître en échangeant et
en découvrant la vision des autres athlètes. Tout le monde s’enrichit.
En championnat, on ne peut pas avoir toutes ces discussions. Je retiens
notamment le débat avec la psychologue du sport, lors duquel tout le
monde s’est lâché. En France, la psychologie du sport est presque un
sujet tabou. Cet échange m’a donné envie de peut-être me pencher moi
aussi sur le sujet. Ça peut m’apprendre à gérer de nouveaux scenarii en
compétition.
Propos recueillis par Florian Gaudin-Winer pour athle.fr
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